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lundi 22 juillet 2019

A MES FRÈRES DES FORCES ARMÉES DU PAYS By Me Yondo Black

En d’autres termes, les mots sans assimilation et pratique des concepts

 

Elle, - a constitution-, reste une curiosité dans de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne, et particulièrement ceux d’Afrique centrale, en ce sens qu’impliquant que le pouvoir se conquiert et se conserve non par la force, ou les armes, mais par le jeu pacifié des rapports politiques conflictuels au travers d’élections disputées, on assiste plutôt à de loufoques mises en scène avec une totale absence de régulation juridique entre les différents acteurs politiques en course. Il s’agit ici de culture démocratique qui devrait consacrer un processus intelligent et consensuel, avec comme priorité le respect de la Constitution par tous les acteurs politiques, loin de la violation ou des contournements permanents des règles existantes à l’occasion des révisions constitutionnelles, bien loin de l’instrumentalisation dont elle est si souvent l’objet.

 

La culture démocratique suppose également et surtout un effort d’imagination, et particulièrement dans le cas de l’élection majeure au suffrage universel du président de la République, chef de l’Etat, pour éviter tout questionnement, toute contestation au sujet de la légitimité du candidat déclaré élu. Car une élection ne s’arrête pas au moment du seul vote, ou de la proclamation officielle des résultats, puisque le socle de la démocratie est la garantie de la capacité à contester librement.

 

Il est important que le principe de la séparation de pouvoirs soit respecté, à l’exécutif de gouverner sous le contrôle du législatif, au législatif de légiférer et au judiciaire de juger en toute indépendance sans interférence de l’un dans l’autre.

 

La démocratie implique le respect du libre jeu des institutions que le peuple s’est librement donné, sachant que si ce libre jeu n’est pas effectif, cela peut entraîner une révolte qui peut aller jusqu’à l’insurrection, au refus d’obéissance à des ordres illégitimes, la désobéissance civile et se posera alors un problème de rapport de forces qui peut accoucher d’une guerre civile.

 

Et c’est là toute la complexité du jeu politique qui reste réservé aux politiciens seuls et à leurs troupes, parce que s’exerçant dans un champ consacré aux seuls initiés déclarés, fonctionnant avec des codes admis par les lois et non autorisés à d’autres institutions et corps non admis.

 

Ma démarche a été bien comprise : ce champ n’est ni ouvert à l’armée, ni couvert par celle-ci, et les années 90 sont là pour nous rappeler que des luttes ont été menées pour consolider les principes de la démocratie et de l’Etat de droit.

 

Dans ce jeu des institutions coexistent les forces armées, l’armée donc. Les « forces armées » sont responsables de la défense du Cameroun : défense du territoire, défense des institutions, défense des hommes et des biens face à toutes forces extérieures. Hormis cela, on dit communément l’armée dans la caserne. Cependant en revisitant l’histoire récente des pays d’Afrique subsaharienne, on constate qu’une longue tradition de participation à la gestion du pouvoir a fait des armées des acteurs politiques incontournables – d’une certaine manière – plutôt que des groupes socio-professionnels exclusivement en charge de la défense du territoire national. La vie politique y reste encore rythmée par une intrusion régulière de l’armée dans le champ politique, alors que le nouveau type de constitutionnalisme est censé mettre fin à cette ingérence – à un niveau quelconque du processus – et faire de l’élection, sans ce soutien, la source unique de la légitimité.

 

Cette intervention périodique et spectaculaire de l’armée dans le champ politique remet donc en cause le processus démocratique amorcé depuis la fin des années 90 et conforte l’idée que l’Afrique serait condamnée aux régimes autoritaires et aux aventures non-démocratiques. Ce qui ne nous

honore pas !

 

Il existe une totale incompatibilité de principe entre la démocratie et la violence armée, même dans le cas de simples arrestations arbitraires de militants, de journalistes ou de tout autre citoyen. Ces interventions fragilisent la démocratie, car elles offrent à voir un goût d’inachevé et donnent l’impression que l’armée est au service d’un homme et d’un régime.

 

Et c’est là qu’il faut, ensemble, crever l’abcès !

 

Dans l’une de mes interventions  je disais, m’adressant à nos frères des forces armées face à l’homme de M’voméka qui entendait conserver vaille que vaille le pouvoir « nous allons désormais lui opposer une nouvelle forme de résistance inédite en appelant à la responsabilité de l’ensemble des corps habillés qui doit comprendre que son sort est lié à celui du peuple qu’il est censé protéger » Nulle part au monde on n’a vu une armée gagner une guerre contre son peuple. Nos frères de la partie Anglophone posent  au Pouvoir un problème politique ; celui-ci lui oppose la force armée pour que « L’ordre (son ordre) règne par tous les moyens ». Le dialogue attendu en pareilles circonstances est renvoyé aux calendes grecques. Jusqu’à quand sera-t-il donc insensible au sang qui coule ? Sans compter l’économie du pays qui court à la ruine.

 

Les éléments de l’armée ont tous juré de servir avec honneur et fidélité, et dans ce serment nous entendons bien : fidélité à la nation, fidélité au peuple, fidélité à la République ! Et nulle part fidélité à un homme, fût-il le premier d’entre nous.

 

Nous devons convoquer les relations du couple ‘’ Armée et Démocratie ‘’.

 

Je l’ai déjà dit sous une autre forme, la structure de l’armée en elle-même doit sortir de la forme prétorienne. Et nous le savons tous, beaucoup de pays annoncent les couleurs en baptisant la garde rapprochée du président de la République du nom de « garde présidentielle » en lieu et place de la « garde républicaine », lui donnant ainsi l’image d’une force, – soit-dit en passant suréquipée – au service d’un homme et non constituée pour la défense nationale, et fondée généralement sur des bases ethniques car constituée majoritairement d’une ethnie, celle du chef de l’Etat. Je suis même convaincu que l’armée peut, et a l’impérieux devoir de venir au secours de la démocratie dans certains cas, notamment devant le refus de certains dirigeants politiques face aux changements revendiqués par la majorité des citoyens, autrement dit revendiqués par le peuple souverain ou face aux dérives autoritaires d’un chef d’Etat ; elle apparaît dans ce cas comme le dernier recours. On a donc dans cette optique deux formes d’intervention : soit fondatrice, soit correctrice, toutes convergeant vers la défense et la sauvegarde des intérêts du peuple souverain.

 

La normalisation du couple ‘’ Armée et Démocratie ‘’ passe nécessairement par la consolidation de la culture démocratique et aussi par la construction d’une armée au service de la Nation. Et pour bien illustrer notre propos, empruntons à HUTCHUL (1989) pour qui l’armée doit être considérée comme

‘’ une entité institutionnelle comme une autre, comme un microcosme social en lien direct avec la société. C’est-à-dire un système social et idéologique complexe lié par des discours, des pratiques, des sociabilités, et qui prend part, comme d’autres institutions, à la mise en place et à la défense

d’un ordre et de solidarité dans le cadre d’un processus de construction politique. ‘’

 

Dans une démocratie digne de ce nom, l’armée n’est pas et ne saurait être un acteur politique… ou simple partisan d’un camp dans le jeu politique traditionnel. Elle est soumise au pouvoir civil et elle doit assurer la fonction que lui assigne la Constitution, c’est-à-dire la défense de la souveraineté nationale. Car dès qu’elle sort de ce cadre pour s’immiscer dans le jeu partisan, elle va user de la force légale, et à un certain degré sa force de feu, dont elle dispose et que lui a déléguée ce même peuple qu’elle va réprimer pour protéger les intérêts d’un homme et faire allégeance à un système, à un régime et susciter colère, sarcasmes et surtout terreur. Et lorsqu’on arrive à une telle situation, c’est le pays tout entier qui subit une sorte de castration symbolique.

 

Et c’est toutes ces dérives qu’il faut éviter à une société en construction et si menacée par les replis identitaires favorisés et planifiés par l’élite de prébendiers amateurs des bals de vautours.

 

Ensemble, nous pouvons y arriver car ce n’est pas la qualité intrinsèque des hommes de troupes qui est en cause, encore moins la formation des officiers supérieurs, très souvent issus des meilleures écoles. Ce qui manque le plus ce sont les motivations et le sens de la mission qui leur est

confiée.

 

Et ici aussi la conscience individuelle est convoquée au regard de l’évolution des Lois et Traités internationaux qui rappellent la distance critique à observer entre légalité et légitimité d’un ordre. Cela se passe de tout commentaire !

 

Il faut envisager dès maintenant pour nous arrimer à la modernité, et dans le cadre d’une refonte de l’institution militaire dans son organisation et fonctionnement internes, aller au-delà de l’amorce des chantiers tels que l’amélioration des conditions de travail et de vie des militaires, pour aborder celui de ses rapports avec la société en passant par la professionnalisation pour avoir une armée à la fois opérationnelle, efficace et républicaine. Il faut absolument changer de paradigme et tourner le dos au tout répressif de l’armée sur le peuple qui pourtant l’habille et lui donne à manger, pour qu’enfin l’armée, la police te les services de renseignements cessent d’être des sources de conflits et d’insécurité pour leurs concitoyens.

 

Et pour cela il faut oser la transformation de fond en comble de l’institution militaire, comme cela s’est passé en Afrique du Sud postapartheid où l’armée soutenue par des forces armées pro-gouvernementales se consacrait essentiellement à la défense du système politique de l’apartheid qui assurait la domination blanche, contre les mouvements de libération de la majorité noire… et c’était LEGAL !

 

La transformation opérée et dont nous pouvons nous inspirer fut adossée sur le principe d’assurer que l’armée, la police et les autres organes de sécurité mettent au rang de‘’ préoccupation primordiale ‘’ la SECURITE DE LA POPULATION ‘’, la protection de ses libertés, de sa sécurité et de l’ordre public.

 

En Afrique du Sud ce processus a été accompagné de mesures visant à renforcer le contrôle des autorités civiles sur ces forces, dont celui du Parlement, tant et si bien qu’au fil des années, la réorganisation et la formation ont fait de l’armée et de la police des forces hautement professionnelles qui consacrent leurs efforts à combattre la criminalité et les autres formes d’insécurité dans le pays tout en contribuant à des opérations de maintien de la paix internationale en Afrique et dans le monde.

 

Faut-il rappeler les éléments qui ont contribué à accompagner cette mutation !  Un Etat fort, une économie solide et la gestion de la transition par les Sud-Africains eux-mêmes par une prise en mains de leur destin.

 

Sortis ragaillardis de cette brève escapade en Afrique du sud, comment ne pas oser ensemble autre chose : écrire au fronton de la République que ‘’ les forces armées sont républicaines, qu’elles sont au service de la nation tout entière ‘’ ! Jamais, plus jamais elles ne protègeront un homme, un système, un gouvernement, mais elles défendront la  démocratie, et assureront la sécurité des hommes et des biens de manière effective, en tout honneur et avec fidélité… à la nation et à la République !

 

Les pays du monde viennent de participer à Paris à une grande messe pour la paix, le Cameroun, notre cher pays,  n’y était  pas été convié. N’oublions pas que le monde est devenu un grand village planétaire, nous ne pouvons pas  y vivre en autarcie. L’isolement commence à faire jour. Prenons-y gare. ‘’Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie’’.

 

J’ai dit./

 « Constitution sans culture constitutionnelle n’est que

Ruine du Constitutionnalisme »

 

disait Dubois de Gaudusson.

(*) Ancien Bâtonnier de l’ordre

693 05 65 70 – 696 35 92 71

E-mail :

ejengueleyondo@yahoo.fr

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