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vendredi 13 décembre 2019

Sixième conférence du Fond Global à Lyon : 3 milliards d’opportunités pour la santé (mentale) des camerounais.

Son Excellence Le Président Paul Biya s’est rendu à Lyon du 8 au 10 octobre 2019 pour assister à la 6ème Conférence de reconstitution des ressources du Fonds Mondial de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme. Le but de cette conférence était de mobiliser les donateurs et pays bénéficiaires dont le Cameroun, afin de recueillir des fonds pour la prochaine période de financement du Fonds Mondial de 2021 à 2023. Depuis sa création le Fonds mondial a sauvé plus 30 millions de vie dans le monde. L’objectif de cette 6ème conférence était de recueillir 14 milliards d’euros pour éliminer sida, paludisme et tuberculose d’ici 2030. Même si ce montant est jugé insuffisant par divers experts, l’objectif a été atteint avec une contribution de plus de 3 Milliards de FCFA par le Cameroun.

En effet le Fonds Global a un impact considérable sur la distribution de moustiquaires imprégnées pour la protection contre le paludisme, mais aussi sur l’accès aux médicaments et aux tests diagnostiques critiques pour la prise en charge du paludisme, du VIH et de la tuberculose. Cependant l’objectif de l’éradication de ces trois maladies bien que certain, reste très lointain. Chaque année plus de trois millions de personnes dans le monde meurent de l’une de ces trois épidémies et l’argent reste le facteur limitant.  De plus la « fatigue des donateurs » entraine une stagnation des financements qui mis en parallèle de l’émergence des résistances aux médicaments représentent de véritables menaces qui peuvent mettre en péril les progrès réalisés et l’atteinte de l’éradication en 2030 du VIH, du paludisme et de la tuberculose.

VIH, Paludisme et tuberculose : où en sommes-nous ? 

Selon ONUSIDA, 540 000 personnes vivaient avec le VIH au Cameroun en 2018, en majorité des femmes, avec 23 000 nouveaux cas enregistrées et 18 000 décès la même année. Bien que ces indicateurs soient en baisse, le pourcentage de personnes vivant avec le VIH est 3,6 % chez les adultes (entre 15 et 49 ans) parmi la population camerounaise. Cette prévalence reste élevée en comparaison à des pays comme le Sénégal qui affiche une prévalence de 0,4% mais en deçà de l’Afrique du Sud où l’épidémie atteint une prévalence de 20,6% chez les adultes.

Le Cameroun reste en retard par rapport aux objectifs 90–90–90 qui prévoient que d’ici 2020, 90 % des personnes vivant avec le VIH devront connaitre leur état sérologique vis-à-vis du VIH, que 90 % de ces personnes devront être sous traitement, mais aussi que 90 % des personnes sous traitement présenteront une charge virale indétectable. En 2018, au Cameroun près de 74 % des personnes vivant avec le VIH connaissaient leur statut et seulement 52 % des personnes vivant avec le VIH suivaient un traitement. De plus seuls 24 % des enfants contaminés âgés de 0 à 14 ans étaient sous traitement (Source ONUSIDA https://www.unaids.org/fr/regionscountries/countries/cameroon).

La tuberculose reste une cause majeure de mortalité chez les personnes vivantes avec le VIH au Cameroun. En effet un patient sur trois atteint de tuberculose est aussi victime de VIH au Cameroun. En 2017, le Cameroun a enregistré 194 nouveaux cas pour 100 000 habitants tandis que nous enregistrions 30 décès due à la tuberculose pour 100 000 habitants. Le taux de succès pour le traitement des patients atteints de tuberculose était de 84% (Source CDC https://www.cdc.gov/globalhealth/countries/cameroon/default.htm). Bien qu’élevé, ce taux met en garde contre l’émergence des résistances aux traitements antituberculeux. En effet, certains patients atteints de tuberculose multi-résistante ne peuvent plus être soignés avec les médicaments classiques que sont l’Isoniazide et la Rifampicine. Ils nécessitent de nouveaux médicaments plus onéreux, dont le traitement peut durer deux ans contre 6 mois pour un traitement classique et avec de nombreux effets secondaires.

Le paludisme demeure la deuxième cause de mortalité au Cameroun (après le VIH) avec près de 2 morts toutes les heures (Source CDC https://www.cdc.gov/globalhealth/countries/cameroon/default.htm). Le paludisme serait responsable de près de la moitié des hospitalisations médicales et de la mort d’un patient sur cinq dans les établissements sanitaires au Cameroun. Dans la zone du Grand Nord ces chiffres atteignent 4 patients sur dix qui meurent dans les structures sanitaires à cause du paludisme. Des efforts considérables ont été fourni quant à la distribution gratuite des moustiquaires imprégnées, l’accès aux médicaments antipaludéens et aux tests de diagnostic rapide. Malheureusement beaucoup reste à faire pour réduire encore plus le nombre de camerounais, surtout d’enfants de moins de cinq ans, qui meurent tous les jours de paludisme mettant en péril l’avenir du Cameroun.

Santé mentale, VIH, Paludisme et tuberculose :

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) la santé est « un état de complet bien-être physiquemental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité » . Il est donc indispensable d’associer la santé mentale à la lutte contre ces trois épidémies. En effet la comorbidité du VIH, de la tuberculose et de la santé mentale a été mise en avant. Le soutien de la santé mentale est de ce fait indispensable dans la prévention, le dépistage et la prise en charge du VIH et de la tuberculose. La prise en charge de la santé mentale du patient augmente sa probabilité de suivre son traitement et de guérison. De plus les personnes atteintes de problèmes de santé mentale non pris en charge, tels que la dépression, l'anxiété et les troubles liés à la toxicomanie ou l’alcoolisme, sont moins susceptibles de demander un test de dépistage et moins susceptibles de suivre leur traitement dans le cas où leur test est confirmé positif. La santé mentale est donc un facteur incontournable pour l’atteinte de l'objectif mondial de lutte contre le VIH de 90-90-90 dont le Cameroun accuse un retard important.

Au-delà du VIH, du paludisme et de la tuberculose, les problèmes de santé mentale seront le principal responsable du fardeau mondial sur la santé d'ici 2030. Les facteurs prédisposant à une mauvaise santé mentale comprennent la stigmatisation et la discrimination, le fait de ne pas participer pleinement à la société, un accès réduit aux services de santé et aux services sociaux, le manque de possibilités d’éducation, l’exclusion de la création de revenus et des possibilités d’emploi, et enfin les restrictions à l’exercice des droits civils et politiques. Ces facteurs se retrouvent aussi bien dans les trois épidémies ci-dessus mentionnées que dans les maladies tropicales négligées et les maladies non transmissibles (https://www.unitedgmh.org/news/globalfund).

                                                                                                          

Santé mentale, maladies négligées et maladies non transmissibles :

Les patients atteints de maladies tropicales négligées telle que l’ulcère de Buruli qui sont des plaies chroniques causées par une bactérie (Mycobacterium ulcerans) et qui peut durer des années, sont le plus souvent issus de zone rurales et défavorisées. Près de 200 cas sont enregistrés en 2019 Cameroun (Source Epicentre). On les retrouve le plus souvent dans les villes Akonolinga, Ayos, Mbalmayo et Bankim. En plus de leur déficit financier, de la longue durée de la prise en charge, du handicap, la communauté considère le malade comme responsable de sa plaie et, de ce fait délaissent le malade. Tous ces facteurs socioéconomiques ont un retentissement psychologique. De plus La douleur, les amputations et l’aggravation de plaie, sont des également des évènements qui génèrent de grandes souffrances psychiques chez les patients entrainant dépression et tendances suicidaires.

Pour ce qui est des maladies non transmissibles tels que le diabète, l’hypertension et le cancer, la santé mentale joue également un rôle prépondérant dans la prise en charge et la survie du patient. Des études ont révélé qu'au Cameroun, une grande proportion de patients diabétiques peuvent présenter des symptômes dépressifs pour lesquels ils ne reçoivent actuellement aucun traitement ou soutien.  En effet le diabète touche près de 7% de la population camerounaise et est en pleine expansion. (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6138139/)

 

Santé mentale : les personnels de santé ne sont pas épargnés

Le Cameroun fait partie des nations africaines qui traversent une crise majeure des ressources humaines pour la santé. On compte approximativement 1,1 médecin et 7,8 infirmières et sages-femmes pour 10 000 habitants (OMS https://www.who.int/workforcealliance/countries/cmr/fr/). De plus ces personnels sont répartis de façon inéquitable avec les zones rurales et les régions Nord, Adamaoua, Sud qui ont le moins d’agents de santé. Ce handicap confronte les personnels soignants camerounais à des charges de travail très élevées.  C’est ce qui ressort d’une enquête réalisée dans le cadre de l’étude organisée par Epicentre (Branche de recherche de médecins sans frontrières), en partenariat avec le Centre pasteur du Cameroun, Cires, Fairmed et le Programme national de lutte contre l’ulcère de Buruli, qui se déroule dans les hôpitaux régionaux d’Akonolinga, Ayos et Bankim. Cette étude vise à améliorer le diagnostic et la prise en charge des plaies chroniques dont l’ulcère de Buruli. Les médecins et infirmiers des trois sites d’étude font face à une surcharge de travail, sont victimes du phénomène des « touteurs » qui sont les malades qui les contactent et apparaissent à l’hopital à tout moment y compris pendant leurs heures de repos. Du fait su sous-effectif les personnels sont obligés d’y répondre et sont affectés à plusieurs tâches qui sont parfois exclusives, entrainant une baisse de la qualité de la prise en charge des malades et une augmentation du stress des soignants. Cependant, la gestion de la charge émotionnelle liée à leur activité est laissée à chacun qui le fait tant bien que mal. De plus ces praticiens ; en dépit de leur sermon d’Hippocrate se retrouvent très souvent face à des patients et des situations pour lesquelles ils n’ont aucunes solutions. Tout ceci a des répercussions négatives pouvant conduire à des épisodes dépressifs, de l’anxiété et voir des tendances suicidaires allant jusqu’au suicide de médecins. En dépit du manque de données fiables, des cas de suicides ont été récemment reportés dans le corps médical camerounais.

Fond global : 3 milliards d’opportunité pour les camerounais ?

La 6ème conférence du Fonds Global pour la lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose est une opportunité pour mettre en avant les défis à relever, non seulement pour ces pathologies infectieuses mais aussi pour la santé mentale dont l’impact est grandissant au Cameroun. Il est important que le Ministère de la santé, qui s'est traditionnellement concentrée sur les maladies infectieuses, évolue pour une meilleure prise en charge psychologique associé aux maladies infectieuses, maladies négligées et aux maladies cardiovasculaires, en particulier dans les zones urbaines.

La reconnaissance des symptômes dépressifs doit être intégrée dans les futures politiques de santé du Cameroun. De plus la communauté via les groupes de soutient d’anciens malades peut être capacitée afin de fournir aux patients des informations précieuses et un support psychologique, qui pourraient conduire à un meilleur contrôle de leur maladie comme le font l’Association des patients victimes d’ulcère de Buruli (Avidub) et l’Association des patients victimes des plaies chroniques en Afrique (Avpa) dans la lutte contre les plaies chroniques dont l’ulcère de Buruli.

Le réapprovisionnement du Fonds mondial de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme constitue une véritable opportunité pour le Cameroun d'accroître le financement de la santé (mentale) et l’atteinte des objectifs visant à mettre à disposition une santé de qualité pour Tous les camerounais et camerounaises afin que personne ne soit laissée de côté.

 

 Yap BOUM

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