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mercredi 13 novembre 2019

« Les anti-sardinards se mobilisent pour chasser du pouvoir le Président camerounais Biya » Sputnik

«Le Chef de l’État est une institution; si on ne peut pas respecter cela, c’est quelque chose d’anormal. On peut aimer le Président de la République ou pas, cela ne change rien au fait qu’il demeure le Président de la République. Il a été élu normalement le 7 octobre dernier. Tous les recours ont été traités et évacués et puis le Conseil constitutionnel a proclamé les résultats. Je ne comprends pas pourquoi d’aucuns continuent de contester ces résultats. Il vaut mieux passer à autre chose, on ne va pas y passer toute la vie», commente Robert Mouthe Ambassa, au micro de Sputnik.

Les manifestants anti Biya de samedi dernier à Genève revendiquent leur appartenance à une organisation dénommée la «Brigade Anti-Sardinards» en abrégé BAS. Ce mouvement est né au sein de la diaspora camerounaise au lendemain de la présidentielle d’octobre 2018. Le choix de l’expression «Anti-Sardinards» vient du fait que, des sandwichs constitués de pain et de sardines en conserves étaient régulièrement distribués aux populations, lors des meetings du parti au pouvoir, le RDPC.Ainsi les membres de la BAS se sont-ils donné pour mission de boycotter, hors du Cameroun, toutes les activités et personnalités proches du régime de Paul Biya en exigeant également sa démission alors qu’il se trouve à la tête de l’État depuis près de 37 ans, sans discontinuer.

Des spectacles d’artistes musiciens camerounais accusés de soutien au régime ont souvent été boycottés par la BAS ainsi que des personnalités pro-Biya traquées lors de leur voyage à l’étranger. Jusqu’ici pas très prise au sérieux par Yaoundé, la dernière action de ce mouvement, qui s’en est pris directement au Chef de l’État camerounais à Genève a provoqué un tollé général dans les rangs du gouvernement. Ce dernier s’est indigné par la voix de son porte-parole, René Emmanuel Sadi:

«Face à la récurrence de ces agissements aussi incompréhensibles qu’inopportuns, perpétrés par une frange de Camerounais de la diaspora, le gouvernement de la République exprime l’indignation de toute la nation et dénonce fermement des comportements inadmissibles de nature à tenir l’image du Cameroun et qui méritent l’opprobre de tous, au-delà de toute considération», peut-on lire dans un communiqué rendu au public au lendemain des manifestations du 29 juin.

Si certains voient d’un mauvais œil, les évènements du week-end dernier à Genève, d’autres comme Wanah Immanuel Bumakor pense plutôt que cette diaspora a le droit de manifester et est capable de faire bouger les lignes dans les multiples crises que traverse le Cameroun.

«En exerçant une pression sur le gouvernement, la diaspora veut que les choses changent et que le pays avance. La diaspora joue un grand rôle dans le développement de son pays d’origine. En 2015 par exemple, elle a contribué à près de 33% au PIB du Cameroun. Cela montre combien elle veut s’impliquer dans les activités politiques et socioéconomiques de son pays. Cette diaspora a aussi remarqué que malgré son apport dans le développement de son pays, il n’y a pas d’avancée. Et c’est la gouvernance qui est remise en question par la grande majorité des personnes. Elle est dans son rôle de dire non à certaines choses qui ne se passent pas bien au Cameroun. Je pense que c’est plutôt le gouvernement qui est en train de ternir l’image du pays en refusant de tendre l’oreille à la diaspora camerounaise», estime Wanah Immanuel Bumakor, spécialiste des relations internationales au micro de Sputnik.

Alors que d’aucuns dans l’opinion publique, au Cameroun, semblent minorer la manifestation de la BAS, ce dernier pense plutôt que l’objectif a été atteint.

«L’une des premières victoires de cette diaspora est la médiatisation des crises en cours dans le pays. Tous les médias internationaux en ont parlé. Maintenant, l’attention est tournée vers le Cameroun, le monde est au courant qu’une crise humanitaire est en cours dans ce pays, une crise qui peut être réglée par des solutions politiques. Un gouvernement responsable devait écouter son peuple et créer une plateforme qui rassemble tous les Camerounais pour parvenir à une entente à l’issue d’un dialogue», commente Wanah Immanuel Bumakor.

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Pour Robert Mouthe Ambassa, cadre du parti au pouvoir «La BAS doit se calmer pour faciliter les choses. En effet, il y a fort à parier que si elle maintient son bras de fer avec un l’État, elle ne pourra que perdre. Au lieu de manifester, cette organisation ferait mieux de s’organiser de se regrouper pour constituer une équipe. Si ces membres demandent à rencontrer les officiels du Cameroun, ils seront reçus et vont poser leurs problèmes “sur la table” pour un dialogue», suggère ce cadre du RDPC au micro de Sputnik.

La situation sécuritaire au Cameroun est actuellement très tendue. Le pays subit des attaques persistantes des djihadistes de Boko Haram dans le nord du pays et un autre conflit est en cours depuis plus de deux ans entre l’armée régulière et des séparatistes dans les deux régions anglophones. Ces derniers revendiquent la création d’un État indépendant dénommé «Ambazonie». Les affrontements entre l’armée et les séparatistes sont devenus quotidiens dans ces deux régions. Ils ont fait 1850 morts et plus de 530.000 personnes ont fui leur domicile.

 

À tout cela s’ajoute la crise politique ouverte au lendemain de la dernière présidentielle avec la revendication de la victoire du principal challenger de Paul Biya: Maurice Kamto. Malgré l’incarcération de ce dernier janvier 2019 à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, les manifestations de ses soutiens se poursuivent dans le pays contre la «victoire volée».

Alors que le pays fait face à l’une des graves crises de son histoire moderne et que son unité est mise à rude épreuve, Paul Biya au pouvoir près de 37 ans va-t-il plier face à ces multiples pressions? Les observateurs pointent déjà du doigt la bataille de succession ouverte dans son entourage; et l’hypothèse d’une passation de pouvoir de «gré à gré» avec un dauphin choisi dans le clan Biya fait de plus en plus son chemin dans l’opinion au Cameroun.

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