Breaking News :

lundi 22 juillet 2019

LE GOUVERNEMENT CAMEROUNAIS DOIT COMPRENDRE QUE LA PAIX NE S’IMPOSE PAS

En cette période charnière où les Camerounais vivent d'une recrudescence sans précédent de la violence, tant au Cameroun qu’à l'étranger, la recherche de la paix est désormais une préoccupation réelle parmi beaucoup de Camerounais. La guerre qui se déroule dans les régions anglophones du pays nous démontre l’effet dévastateur que des conflits violents peuvent avoir dans un pays. Elle a affecté plusieurs secteurs (économique, social, éducatif, etc…) provocant le déplacement d'environ un demi-million de personnes, à l'extérieur et à l'intérieur du pays. Les Camerounais, particulièrement ceux des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, vivent dans la peur et l'insécurité, sans savoir ce que l'avenir leur réservera. Qui aurait pu prédire cela ? Alors que le régime de Yaoundé a beaucoup vanté le Cameroun, avec des slogans vides, tels que « Cameroun un havre de paix et de stabilité en Afrique ». Mais aujourd’hui, le constat est sans appel : le pays se déchire davantage chaque jour qui passe. Les Camerounais vivant au pays et ceux de la diaspora, accumulent de plus en plus de frustrations et veulent désespérément exprimer leur râle bol. Dans ce contexte, les gens tentent de proposer des solutions susceptibles de mettre fin à la violence et afin de retourner à la paix chère au peuple Camerounais. Et pour qu’une paix durable soit atteinte, il est important pour chacun de comprendre ce à quoi elle renvoie et quelle est sa part de responsabilité dans le processus qui sera initié.

Jusqu’à présent, la PAIX reste un concept incompris et difficile à définir car perçue sous différents angles et en fonction de la position qu’occupent les uns les autres dans une société donnée. Ainsi, ce que l’un considère comme la paix peut être considéré comme une injustice pour un autre. La quête perpétuelle de la paix fournit de nombreux éléments permettant de mieux appréhender les différences qui constituent les sources naturelles de conflits entre les hommes. La paix peut être une reproduction du type de société dans laquelle nous vivons et, le plus souvent, notre société est définie par les personnes les plus puissantes, qui veulent toujours imposer leur perception de la paix aux autres. Pour ce qui est du cas du Cameroun, j'avais déjà démontré, dans un article que le gouvernement camerounais avait souvent vendu aux Camerounais la stabilité par la force comme un modèle de paix. (https://www.camer.be/74543/30:27/cameroun-comprendre-la-logique-de-paix-dun-gouvernement-illegitime-cameroon.html ). Malheureusement, cette conception de la paix ne saurait être durable.

Cependant, l’histoire de l’humanité nous enseigne que, parallèlement à l’évolution de la société, la perception de la paix a évolué. Rien dans ce monde ne reste permanent car le changement est la seule chose constante. De l'ancienne diction romaine de Sivis pacem, para bellum (si vous voulez la paix, préparez-vous à la guerre) à la théorisation de la paix par Johan Galtung de PAIX NÉGATIVE (absence de guerre) et de PAIX POSITIVE (absence d'injustice sociale, de corruption, de pauvreté, etc.), on peut dire que le concept de paix a parcouru un long chemin.

Peu importe la façon dont les gens définissent la paix, force est de constater que ce concept est étroitement lié à la violence. S'il y a une chose sur laquelle les chercheurs en études de paix peuvent facilement s'accorder, c'est que les conflits sont inévitables et naturels, mais pas la violence. En réalité, les conflits peuvent être transformés de manière positive ou négative en fonction de la manière dont ils sont gérés. Puisque la paix est inévitablement comprise à travers les structures socio-politiques et socio-économiques de répartition de la richesse et du pouvoir dans une société ou une nation, le concept est plus souvent perçu comme un moyen de CHANGEMENT DU STATU QUO, ENTRE-LES « HAVES » (ceux qui ont) ET LES « HAVE NOTS » (ceux qui n’ont pas). C'est là que réside la différence fondamentale. De toute évidence, le changement du statu quo symbolise dans la plupart des cas une aspiration pour un groupe et un cauchemar pour l’autre. Une partie voit le changement comme une opportunité et l'autre le considère comme une menace. Dans ce contexte, le changement rend certaines personnes, en particulier les plus puissantes, précaire et leur crainte pour l'avenir devient plus apparente. À ce stade, le scénario de conflit est déjà défini, également appelé étape de la polarisation.

Lorsqu'un pays se trouve dans ce type de situation, la logique de la compréhension et du bon sens doit emporter sur celle du malentendu et du strict respect de la loi. En fait, cela devient une opportunité de changer les lois et pourquoi pas la constitution, étant donné que ces lois n'ont pas été mises en place pour protéger les intérêts des moins privilégiés de la société. Pour que les deux parties, en particulier celles qui ont beaucoup à perdre, évitent de s'engager dans la pente glissante de la violence, il est impératif d'engager un dialogue afin de parvenir à un entendement, qui est au cœur de la prévention de la violence. Malheureusement, ce n'est pas souvent le cas, surtout lorsque vous devez traiter avec un gouvernement irresponsable.

 

Que se passe-t-il ensuite si les plus puissants ne parviennent pas à engager le dialogue ?

À ce stade, les « HAVE NOTS », qui ont désespérément besoin du changement et n’ont rien à perdre, feront du recours à la violence comme moyen inévitable d’atteindre leur objectif. Les tactiques de guerre asymétriques telles que la guerre de guérilla ou le terrorisme seront très utilisées par les « HAVE NOTS ». Il est important de souligner que ces méthodes ont souvent poussé les « HAVES » à appeler au dialogue (bien que cela prenne le plus souvent une longue période). Mais parfois, la position radicale prise par les deux parties rend le dialogue difficile à établir et quand il se produit, il ne prépare pas nécessairement la voie à une paix durable. Il s’agit plus d’un arrangement entre les élites qui n’est pas « bottom-up ». La violence n'est donc pas souvent la solution.

Dans le même temps, nous ne devrions donc pas être surpris que, lorsque le dialogue tarde à venir pour résoudre les problèmes de la société, les gens se radicalisent davantage et deviennent plus violents. À titre d'illustration, le conflit est comme le feu, quand il n'est pas traité à temps, il empire et peut devenir plus difficile à contrôler. Par conséquent, le timing dans la résolution des conflits est un facteur clé. Mais les « HAVE NOTS » ne doivent pas oublier que deux mauvaises actions ne feront pas une bonne, car tout le monde est perdant dans une guerre.

Néanmoins, la NON-VIOLENCE ces dernières années s'est avérée être un outil efficace pour changer le statu quo. La NON-VIOLENCE est cette lumière de justice, d'amour et de vérité qui éteint l'obscurité de l'injustice, de la violence, de la manipulation et de la haine. Ce qui rend également la stratégie de non-violence très efficace, c'est sa quête pour purifier les maux de la société en utilisant des valeurs intemporelles et en incitant ses adversaires à tirer les leçons du processus. C’est pour cette raison que la stratégie de non-violence conduit à la réconciliation et au pardon, qui est l’objet de la justice réparatrice africaine contrairement à la justice rétributive occidentale.

À cet égard, la paix, un terme difficile à définir, reste donc une quête perpétuelle qui doit être travaillée au quotidien et doit résulter d’une compréhension mutuelle et non d’une partie obligeant l’autre à accepter ses vues. Par conséquent, la paix que nous bâtissons aujourd'hui est la paix qui déterminera notre avenir. Alors, quelle paix voulons-nous? Est-ce une paix liée à la justice, à la vérité et à l'égalité ou une paix fondée sur l'intérêt personnel, la manipulation, l'injustice et la violence?

En ce qui concerne le Cameroun, la balle est toujours du côté du gouvernement. Il ne faut pas oublier que les Camerounais ne se sont pas radicalisés ni violents en une journée. La radicalisation des Camerounais est le résultat de 37 années de mauvaise gouvernance, d’injustice, de violence structurelle, de marginalisation et de non-satisfaction des besoins fondamentaux de sa population. Les institutions sont jugées sur leurs performances et non par leurs noms. Si les institutions ne sont pas là pour répondre aux besoins de la population, aucune surprise si ces derniers ne les respectent pas C’est comme un père irresponsable qui ne pourvoit pas aux besoins de ses enfants, ne s’attendra pas à ce que sa famille le respecte parce qu’on l’appelle père. Il en va de même pour les institutions qui ne répondent pas aux besoins de ses citoyens.

 

Wanah Immanuel Bumakor

Porte-parole du mouvement AGIR

Expert en étude de paix et gestion des conflits

 

Partager
Mot clé :

Laisser un commentaire

Souscrire à notre newsletter

Rejoignez notre newsletter et obtenez les dernières actualités dans votre boîte de réception.