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vendredi 13 décembre 2019

Prendre le PM Dion Ngute au mot pour ce dialogue nécessaire : L'initiative de la coalition autour de Maurice Kamto

 

Malgré la sortie sur France24 en fin de semaine dernière du ministre de l'AT Paul Atanga Nji, douchant les espoirs de nombre de Camerounais qui avaient salué l'annonce à Bamenda quelques jours auparavant du Premier ministre Joseph Ndion Ngute de la disponibilité du président Biya pour un dialogue à l'exclusion de la sécession, le professeur Maurice Kamto et ses alliés (Christian Penda Ekoka de AGIR-ACT , Paul Eric Kingue du MPCN, Albert Dzongang de la Dynamique, entrés autres) détenus à la prison principale de Yaounde Kondengui ont réaffirmé dans un mémorandum daté du 17 mai 2019 - dont AGA a consulté une copie inédite -, leur soutien à tout dialogue inclusif qui permettrait au Cameroun de sortir des crises dans lesquelles il est confronté ces temps derniers.

À l'appui de leur engagement, la coalition autour du leader du MRC et alliés détenus à la suite des événements (marches) du 26 janvier 2019,  fait plusieurs propositions notamment sur les conditions idoines dudit dialogue; la méthodologie, le format/cadre ainsi que les objectifs à court et moyen terme.

L'intégralité dudit mémorandum publié par @AGA

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MÉMORANDUM POUR LA RÉSOLUTION DES CRISES POLITIQUES ET SÉCURITAIRES GRAVES QUI AFFECTENT NOTRE PAYS, LE CAMEROUN

Chers compatriotes,
Il nous revient que, au cours d’une visite à Bamenda, le 09 Mai dernier, le Premier ministre a annoncé que Mr Biya Paul était prêt à lancer un dialogue en vue de la résolution de la crise anglophone, au cours duquel tous les sujets pourraient être débattus, à l’ exception de la sécession. Faisant écho à cette nouvelle, certains camerounais se sont offerts comme médiateurs. Malheureusement, pendant que le Premier ministre est encore sur le terrain en train de relayer les instructions de son chef, son collaborateur, le ministre de l’administration territoriale le contredit en affirmant catégoriquement à la télévision France 24 que « le dialogue ne portera pas sur la forme de l’Etat. Ceci met en évidence les divergences profondes au sein du gouvernement et n’augure rien de bon quant à son engagement ferme pour l’organisation du dialogue inclusif.
Alors même que nous sommes incarcérés depuis bientôt quatre mois dans les prisons de Yaoundé, il est de notre devoir patriotique de réagir aux manœuvres en cours et d’exposer nos propositions pour la résolution des principales crises qui affectent gravement notre pays.
D’ entrée de jeu, nous voulons exprimer toute notre gratitude à la communauté internationale pour le soutien qu’elle apporte à notre pays, afin que celui-ci devienne une véritable démocratie, assise sur le socle du droit, soucieux du bien-être de tous ses citoyens , respectueuse des libertés et des droits humains fondamentaux .
A. CONTEXTE GÉNÉRAL
Dans ce contexte, et s’agissant de la proposition ci-avant de M. BIYA Paul, rapportée par le Premier ministre, il est appréciable de constater que la voix haute de la communauté internationale commence à être entendue par le régime en place, car les suppliques de la communauté nationale sont restées vaines depuis bientôt trois ans. A cet égard, il convient de rapporter que la constitution de 1996, bien qu’étant une reproduction incomplète des propositions de la commission constitutionnelle de la tripartie tenue en 1991, offrait, à travers ses propositions sur la décentralisation, une amorce de solution – certes imparfait – au malaise anglophone. Le régime de M. Biya, son parti le RDPC et ses alliés ont délibérément décidé de ne pas la mettre en œuvre. Entre-temps, les problèmes du pays, nos conditions de vie, et plus spécifiquement la question anglophone ont empiré, faute d’un leadership pro-actif capable d’y apporter des réponses idoines.
Dans la même mouvance, lorsque il y a trois ans, la crise éclata dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mettant en lumière des problèmes structurels importants relatifs à l’organisation et au fonctionnement de notre Etat, le régime de M. Biya, fidèle à sa posture autocratique et condescendante, décida d’ignorer l’exhortation des acteurs nationaux et de la communauté internationale pour l’organisation d’un dialogue franc, consensuel , transparent et inclusif en d’une résolution durable des problèmes qui affectent notre pays. Dans cet entêtement, M. Biya choisit, dès septembre 2017, de déclarer la guerre à ses propres populations.
Trois ans plus tard, le bilan de cette décision totalement irresponsable est très lourd : plus de 2000 morts de toutes parts ; 500000 réfugiés; plus de 4000000 personnes en situation humanitaire d’urgence et l’ultimatum de la communauté internationale. M. Biya a enfin compris les vertus du dialogue pourtant maintes fois encouragé sous toutes les formes, aussi bien par le MRC, la DYNAMIQUE, le MPCN, AGIR et plusieurs autre formations politiques et organisations de la société civil, et notamment l’Eglise Catholique.
Après avoir sous-estimé la gravité de la crise en incubation dans les régions anglophones, et surtout méconnaissant l’urgence préalable de sa résolution, les pouvoirs publics choisirent d’organiser l’élection présidentielle d’octobre 2018 dans ce climat de toutes les incertitudes. Le coût de cette erreur se traduisit par l’escalade du conflit et la radicalisation des positions. Qui plus est, la crise post-électorale, née des fraudes massives ayant entaché l’élection présidentielle, ainsi que de la victoire illégitime de M. BIYA Paul, proclamée par un conseil constitutionnel à sa solde, contribua à l’aggravation des tensions de la situation socio-politique du Cameroun.
Pour toutes ces raisons, nous condamnons avec fermeté l’approche choisie par le pouvoir, une manière de dialoguer en trompe-l’œil. Cette approche s’apparente davantage à une mise en scène pour la conservation du pouvoir qu’a un processus visant à relever les défis multiformes auxquels notre pays est confronté, et dont la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest n’est pas le moindre. De telles manœuvres ne devraient point tromper la vigilance de nos compatriotes ou celle de la communauté internationale.
Cette approche apparait partielle, parcellaire et inefficace pour apporter des solutions durables à la nature multidimensionnelle et à la complexité des problèmes sus-évoqués, qui sont en fait indissociables.
A titre d’illustration, on ne saurait trouver des solutions durables et intégrales à nos problèmes en évitant de les poser dans leur large spectre sur la table de négociation, en excluant d’entrée de jeu une certaine catégorie d’acteurs y compris les sécessionnistes et partant leurs préoccupations de l’agenda des discussions. La définition de celui-ci doit être le résultat d’un échange direct et consensuel de tous les acteurs, et non une décision unilatérale.
Par ailleurs, le médiateur est une fonction à laquelle on peut recourir pour dénouer les discussions directes entre les parties prenantes lorsque celles-ci achoppent éventuellement sur un obstacle ou sur une impasse. De plus, le médiateur doit être une personnalité neutre, bénéficiant de la confiance de toutes les parties prenantes.
En conclusion, et à la lumière de ce qui précède, un processus intégral et efficace, susceptible de résoudre de façon complète et durable les problèmes multidimensionnels auxquels notre pays fait face doit satisfaire à la réalisation des conditions exposées dans le chapitre suivant « B : Propositions »
B. PROPOSITIONS
B.1. Mesures immédiates de restauration de la confiance et de la paix
1) la libération immédiate et sans conditions de tous les prisonniers politiques sans exclusive, aussi bien ceux arrêtés dans le cadre du conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest que ceux des marches blanches organisées par le MRC, les partis politiques et organisations alliés le 26 janvier 2019, à travers le Cameroun, ainsi que l’abandon par l’Etat de toutes les poursuites contre ces personnes ;
2) la mise en œuvre des voies et moyens pour l’évaluation et, si nécessaire, la restauration de la santé des prisonniers ainsi libérés, la reconnexion avec leurs familles, assorties des compensations appropriées ;
3) la déclaration de cessez-le-feu et le retrait des forces armées, le retour des militaires dans les casernes (BIR, Gendarmerie, Armées) ; seule la police doit assurer le maintien de l’ordre ;
4) le cantonnement des éléments armés engagés contre les forces de défense ;
5) l’amnistie totale, immédiate et sans conditions des condamnés dans le cadre des marches blanches du 26 janvier 2019, ainsi que l’abandon des poursuites contre les personnes arrêtées dans le cadre des marches du 27 octobre 2018, notamment à Douala, dont les poursuites avaient été suspendues avant d’être relancées ;
6) la levée de toute interdiction administrative des réunions et des manifestations publiques ;
7) le libre exercice des libertés et droits fondamentaux conformément aux dispositions de notre Constitution et à celles des conventions internationales auxquelles le Cameroun est partie.

B.2. Création d’une commission chargée de la question anglophone
Présidée par un anglophone avec un vice-président francophone (personnalités choisies après consultation des parties prenantes), cette commission comprendra une trentaine de membres également repartis entre francophones et anglophones, avec des observateurs internationaux (ONU, UA, UE, USA, France, Royaume Uni, Allemagne, Italie, Canada, Pays-Bas.)
Elle comprendra les sous-commissions suivantes :
? Sous-commission « Vérité, Justice et Réconciliation »
? Sous-commission « Paix et Désarmement », chargée de la création des conditions pour la garantie de la paix et de la DDR (démobilisation, désarmement et réinsertion);
? Sous-commission des urgences humanitaires, de la reconstruction, du rapatriement des réfugiés et des personnes déplacées ;
? Sous-commission de préparation du dialogue inclusif (cette sous-commission organisera notamment la All Anglophone Conference qui aura pour objectif entre autres de proposer les points concernant la question anglophone à inscrire dans l’agenda du Dialogue national inclusif, ainsi que les participants représentatifs des régions anglophones, y compris ceux de la diaspora, sous l’égide d’une autorité morale);

B.3. Commission de la réforme consensuelle du système électoral, avec l’assistance de l’ONU, de l’UA et de l’UE et des pays amis
Composition :
1 Président
1 Vice-président
1 Rapporteur
• 1 représentant de chaque parti représenté à l’Assemblée Nationale
• 1 représentant de chaque parti représenté dans au moins un Conseil Municipal
• 1 représentant de chaque parti ayant au moins un élu au Sénat
? Durée de son mandat 30 jours
? Adoption du Code Electoral amendé au cours de la session parlementaire de juin 2019
? Mise en place des nouveaux organes électoraux et organisation des élections (juillet-décembre 2019)
B.4. ouverture du dialogue national inclusif
Les participants à ce dialogue devront refléter le large spectre des forces vives du pays (hommes et femmes): politiques, administration, armées, société civile, syndicats, barreau, milieux d’affaires, communautés confessionnelles, jeunesse, diasporas, chefs traditionnels, etc.
Ce dialogue se déroulera sous le parrainage de la communauté internationale : ONU, UA, UE, USA, France, Royaume Uni, Allemagne, Italie, Canada, Pays-Bas.
Calendrier : (au plus tard fin premier trimestre 2020).
En conclusion, la main tendue du président élu, président de la coalition des alliés du MRC, M. Maurice KAMTO à M. BIYA Paul demeure, aux fins de discuter des propositions ci-dessus.

Président Elu, Maurice KAMTO (MRC)

Christian PENDA EKOKA (AGIR/ACT)

Paul Éric KINGUE (MPCN)

Albert DZONGANG (DYNAMIQUE)
Prison principale de Kondengui, Yaoundé
Le 17 mai 2019

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