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samedi 24 août 2019

LA TRAHISON DES ÉLITES DU NORD CONTRE LEUR PEUPLES

En Juillet 2018, le monde entier découvre une vidéo, l’horreur. Des images insoutenables de soldats exécutant des femmes et enfants, on y voit des hommes en uniforme entraînant en brousse des femmes et des enfants, deux femmes, l’une tenant un enfant par la main, l’autre portant un bébé sur le dos et juste derrière elles, les forçant à avancer, deux hommes en uniforme de l’armée… « Lève la calebasse qu’on te voit bien, toi, Boko Haram, tu vas mourir », après ces propos les deux femmes et enfants recevront 17 balles de fusil dans la tête.

Cette scène se déroule au Cameroun, dans la région de l’extrême Nord.

Ce soir, une élite du grand nord, ministre de la communication avait organisé une conférence de presse indiquant qu’il s’agissait d’un fake News. Il maintiendra ses propos jusqu’au jour où, sous la mobilisation de communauté internationale grâce à la pression de Amnesty Internationale l’armée camerounaise finira par identifier les soldats assassins.

Pas une seule élite du grand nord ne s’est prononcée pour dénoncer cet acte de barbarie contre des femmes et filles ressortissantes de cette région. Même pas les ministres et hauts cadres et députés de sexe féminin originaires du grand Nord.

Sous-scolarisation, obscurantisme, misère et pauvreté, tels sont en quelques mots les qualificatifs que l’on peut donner aux populations de cette partie du pays victimes du système féodale en cours.

Comme dans l’Europe médiévale que Attali décrie dans son livre de 1492 « Dans le peuple, le rapport à la souffrance n’a guère changé depuis que le christianisme lui a confère un sens mystique : Abandonné aux savoirs les plus anciens le paysan se fie toujours plus au sorcier et au guérisseur qu’au policier ou au prêtre. Partout en Europe le sorcier est à la fois vénéré et craint, on se répète avec effroi des sombres histoires des vieilles femmes capables de se transformer en chouettes pour venir sucer le sang des enfants ou de sorciers mangeurs de cadavres ».

Au moment où nous lisons ses lignes écrites par Jacques Attali , on se croirait au Nord Cameroun alors qu’on est au 21 e siècle avec le système féodale.

Toutes les sociétés humaines se distinguent généralement par la manière dont leurs élites se conduisent à l’endroit des populations, conduisent la vie dans la cité, et plus particulièrement par le traitement quelles réservent aux couches les plus modestes.

Dans les sociétés avancées on observe que les élites tirent les populations vers le haut, en créant des passerelles susceptibles de multiplier les opportunités d’éducation et de promotion sociale. Elles lui inculquent des valeurs d’audace et d’entreprenariat, par opposition à celle de résignation et de fatalisme, caractéristiques des sociétés fermées.

En effet, dans les sociétés fermées, au contraire des sociétés avancées, les élites cherchent à maintenir les couches les plus démunies dans le statu quo.

Ainsi, plus d’un million de personnes se trouvent au bord du gouffre de l’anéantissement par la faim dans les régions du grand nord ,abandonnées dans l’extrême pauvreté et l’obscurantisme culturel, faisant de ces zones des espaces propices au recrutement des djihadistes par la secte terroriste Boko Haram.

Selon les chiffres rendus public par le ministère de la santé publique, l’on dénombre 55 cas de choléra dans le grand nord Cameroun, avec 35 % de la population de moins de 12 ans vivant sans état civil , c’est-à-dire non identifié par l’état du Cameroun. Les trois régions les plus touchées par l’insécurité alimentaire au Cameroun sont respectivement la région Région de l’Extrême-Nord 35 %, la Région d’Adamaoua 18 % et la Région du Nord avec 10%.

L’institut national des statistiques révèle que 65 % de la population du grand nord Cameroun vit dans la pauvreté avec un taux de chômage de 70 %, 70 % de jeunes sont accros à la drogue dure, le Tramol.

D’une superficie de 36000 km2, plus vaste que la Belgique et Israël, le Lamida Rey Bouba est un territoire dans le nord Cameroun dirigé par le Lamido souverain Aboubakary Abdoulaye, dans les conditions de féodalité extrêmes où le roi règne tel un monarque absolu disposant des pouvoir les plus étendus sur ses sujets au point où l’on se demande si on est toujours en république du Cameroun .

Selon le Réseau des défenseurs des droits de l’Homme en Afrique centrale (Redhac), le Lamido de Rey Bouba fait régner la terreur parmi les populations,

«Ce chef traditionnel entretient sa garde personnelle, ses prisons privées, fait lever l’impôt pour l’entretien de son harem et de sa cour sous la barbe du préfet et du sous-préfet qui sont eux-mêmes sous la botte de ce monarque des tropiques.» précise le Rhedac.

Toutes les régions du grand nord du Cameroun sont à des variantes prêtes à l’image de Rey Bouba. Et pour le découvrir il suffirait de s’y rendre pour constater qu’en 2018, des camerounais sont réduits toute leur vie à s’asseoir à même le sol en signe de soumission totale à leur souverain.

Pour faire admettre aux populations cet état, l’Elite la leurs présente comme une volonté divine.

Toute personne visitant le grand nord Cameroun est surprise par l’immense potentiel de ces régions le niveau de misère et d’abandon des populations sous le règne de l’obscurantisme absolu.

Les élites de l’extrême nord ne se soucient guère du sort des populations, bien au contraire, elles les utilisent comme du bétail électoral pour s’attirer les bonnes grâces du régime du président Biya. En effet, utilisant ce ‘’bétail électoral’’, ces élites contribuent à assurer de la victoire du président Paul Biya aux différentes élections et par la suite rédige les mémorandums au nom des populations ainsi abusées pour revendiquer des postes dans l’administration.

Il existe clairement une conspiration du silence contre les populations entre les élites du septentrion les chefs traditionnels de ces régions et le régime Biya.

A ce propos, voici ce que dit le Rhedac « Durant les périodes des élections, les bureaux de vote sont placés sous le contrôle des hommes de main du lamido. Ceux-ci s’assurent que les électeurs votent selon les consignes du monarque, en effet, les citoyens ramènent les bulletins des autres candidats afin de prouver l’authenticité de leur vote’ ».

Hamadjoda Adjoudji vétérinaire de formation et originaire de Banyo, a passé plus de 20 ans, de 1984 à 2004 ministre de l’élevage de la pêche et des industries animales, c’est 10 ans après son départ de ce ministère que la région du grand nord réputé pour l’élevage bovine a eu sa première unité de transformation de Bétail. Décédé en Novembre 2018, il ne retournait à Banyo que pour son Ranch ou lors des élections, ce qui lui valut le maintien des privilèges au sein du régime. Président du conseil d’administration de l’ARMP cumulativement avec celui de l’université de Ngaounderé. Aucun lien avec les populations de sa région sauf à les considérer comme du bétail électoral, il sera inhumé dans un cimetière non loin de Yaoundé.

Certains l’accusent même d’avoir détourné des projets de développement rural au profit de son ranch. Toujours le même schéma d’abus des populations, le plus étonnant est sa longévité au pouvoir qui confirme bien la thèse d’une entente tacite avec le régime Biya.

Ahmadjoda Adjoudi ,Talba Mallah, Issa Tchiroma Bakary, Ayang Luc,Cavaye Yeguie Djibril, Mounouna Foutsou,Mohamadou Sali, Bello Bouba Maigari,Ahmadou Ali,Zachari Perevet,Abdoulaye Yaouba,Yao Aissatou,Ousmanou Moussa, Kalkabar Malboum,Ousman Mey,etc… Toutes ces élites du grand nord jouent la même partition, en s’attelant à maintenir les populations dans cet obscurantisme, considérant leur émancipation comme une menace à leur privilèges. Qu’elles soient politiques, administratives, économiques, intellectuelles, ces élites toutes mouillent le maillot pendant les élections pour le maintien du régime Biya, dans la perspective du maintien du statut quo.

 

Ce système primitif de féodalité marqué par la perpétuation de l’ordre établi est entretenu par ces élites au fil des C’est ainsi que les nouvelles générations de manière surprenante visent à en assurer la relève, à l’instar des Modeste Fopa Motouin des impôts, Guibai Gatama de l’œil du Sahel et bien d’autres.

Sur ce registre, la plus grosse surprise lors de cette dernière élection présidentielle aura été le jeune Directeur des Impôts Modeste Fopa Motouin que l’on a vu descendre dans les villages de l’extrême nord battant campagne pour le régime Biya alors que celui-ci n’avait rien apporté aux masses des populations pauvres de cette contrée.

Ce faisant, il militait contre le parti de Maurice Kamto le MRC, qui tout au long du dernier mandat présidentiel et durant la campagne s’était tenu aux cotés des populations qui rêvaient de changement et d’émancipation.

Non seulement les militants de l’opposition étaient chassé des bureaux de votes, plusieurs se sont vu dépossédés de leur terres par les différents chefs féodaux locaux.

Aux côtés de Modeste comme surprise, Guibai Gatama qui lui concentrait l’essentiel de ses publications à promouvoir les actions du ministre de la communication Issa Tchiroma, celui-là même qui au moment où le monde entier était écœuré face à la monstruosité de certains soldats camerounais après l’assassinat des femmes et bébé, multipliait des sorties pour nier les faits.

L’arrivée du MRC, mouvement pour la renaissance du Cameroun et la prise de conscience de certains jeunes dans la société civile du grand nord crée de plus en plus un sentiment de révolution chez les mentalités des populations. En témoigne les fortes mobilisations des populations pendant la campagne présidentielle malgré les menaces et intimidations de la part des élites. La révolution des mentalités des populations des régions du grand nord contre ces élites risque être chaotique .Un phénomène révolutionnaire prend naissance dans le grand nord causé par la prise de conscience des populations, des abus qui ont été commis par leurs élites. Le degré de vampirisme de ces élites vivant aux dépens de la substance vitale des populations, leur niveau de monstruosité et de cynisme face à leur souffrance fait redouter une implosion.

Au 21 e siècle, transformer un jeune en gardien des troupeaux ou une jeune fille épouse forcée, domestiques, servante femme de ménage sans perspective d’éducation relève de crime contre l’humanité alors qu’a contrario, instruit, l’un comme l’autre pourrait deviendrait médecin, avocat, professeur, journaliste. Suivant ainsi les traces de Cheik Modibo Diarra dont le destin aurait pu être celui de berger au Mali mais qui deviendra un brillant scientifique à la NASA.

Albin Njilo

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